Centre et plateau

Le plateau central de Maurice, entre 400 et 600 mètres, concentre la mémoire créole et indienne du pays, ses sommets basaltiques et son jardin botanique de 1770.

Le centre de Maurice forme un plateau légèrement bombé entre 400 et 600 mètres d'altitude, posé sur le socle volcanique de l'île. Quand nous y montons depuis Port-Louis par la M1, en vingt minutes de route, la température baisse de 4 à 5 degrés et l'air devient plus dense. C'est ici, sur les hauteurs de Curepipe, Floréal, Moka et Vacoas, que les colons britanniques ont déplacé leur résidence au XIXe siècle pour fuir le paludisme des côtes. Cette histoire explique aujourd'hui le tissu urbain particulier de la région : maisons créoles en bois, jardins coloniaux, allées de filaos, et un climat qui rappelle parfois davantage une station de moyenne montagne qu'une île tropicale.

Le plateau concentre l'ossature économique et administrative du pays. Port-Louis, capitale et port historique, se déploie au pied des reliefs nord-ouest, dominée par la silhouette en escalier du Pieter Both, deuxième sommet de l'île à 820 mètres avec sa boule de basalte caractéristique au sommet. À quelques kilomètres au sud, Moka abrite l'université, plusieurs sièges sociaux et les anciennes demeures de planteurs comme Eureka, une maison créole de 1830 ouverte à la visite, avec ses 109 portes et fenêtres pensées pour la ventilation. Plus haut, Curepipe et son ancien cratère volcanique du Trou aux Cerfs, 200 mètres de profondeur et 1 kilomètre de circonférence, offre depuis sa crête une vue circulaire sur tout le centre.

La pluviométrie ici est nettement plus marquée que sur la côte ouest : Curepipe enregistre près de 4 mètres d'eau par an, contre 800 mm à Flic en Flac. Cette humidité a façonné une végétation dense de goyaviers de Chine, fougères arborescentes et eucalyptus. Elle a aussi permis l'installation, à 760 mètres d'altitude, du parc national des Gorges de la Rivière Noire dont l'entrée Petrin se trouve à la limite sud du plateau. Le Jardin botanique de Pamplemousses, fondé en 1770 par Pierre Poivre à la lisière nord, présente sur 37 hectares plus de 650 espèces : palmiers talipot qui fleurissent une fois en 60 ans avant de mourir, nénuphars géants Victoria amazonica dans leur bassin, allée d'épices et de baobabs.

Le centre est aussi le cœur de la mémoire mauricienne. À Port-Louis, l'Aapravasi Ghat, classé à l'UNESCO, est le débarcadère par lequel sont passés près d'un demi-million de travailleurs engagés indiens entre 1834 et 1920, après l'abolition de l'esclavage. À une heure de là, sur la côte sud-ouest mais accessible depuis le plateau, le Morne Brabant porte la mémoire des marrons. Cette double histoire, indienne et africaine, croisée à l'héritage français et chinois, se lit dans les temples tamouls de Triolet, les pagodes de Port-Louis, les églises créoles de Moka. Le marché central de Port-Louis ouvre dès 5h30 : on y vend des dholl puri tièdes, du gato pima, des achards de légumes, et les épices arrivent du Bazar Quatre-Bornes le mardi et le dimanche.

Pour le randonneur, le centre concentre la majorité des sentiers de l'île. Outre le Pieter Both et le Trou aux Cerfs, le Corps de Garde au-dessus de Quatre-Bornes (720 m) se monte en 3 heures aller-retour, et le Pouce (812 m), troisième sommet, s'attaque depuis le village de Moka en 4 heures. Les paysages depuis ces crêtes basaltiques donnent une lecture claire de la géographie de l'île : on voit le lagon turquoise à l'est et à l'ouest, et la trame des champs de canne qui couvre encore près de 40% du territoire.

C'est cette densité, urbaine, historique, géologique et végétale, qui fait l'intérêt du plateau central. Il ne se visite pas pour ses plages, qu'il n'a pas, mais pour comprendre ce qu'est Maurice au-delà de la carte postale balnéaire.

À découvrir

Cratère du Trou aux Cerfs à Curepipe. Ancien volcan endormi de 200 mètres de profondeur, ceinturé d'une route panoramique. Le tour à pied prend 20 minutes et offre une vue à 360 degrés sur le plateau et la chaîne du Moka.

Jardin botanique de Pamplemousses. Trente-sept hectares plantés depuis 1770, avec les nénuphars géants Victoria amazonica capables de porter un enfant, les palmiers talipot et l'allée des épices. Compter 2 heures de visite, idéalement en matinée.

Aapravasi Ghat et marché de Port-Louis. Le débarcadère UNESCO des engagés indiens se visite en une heure, puis direction le marché central ouvert dès 5h30 pour les dholl puri, gato pima et achards. Une matinée pour saisir le métissage mauricien.

Ascension du Pieter Both ou du Pouce. Deux sommets basaltiques au-dessus de 800 mètres. Le Pouce se monte en 4 heures aller-retour depuis Moka, le Pieter Both demande une corde fixe sur le dernier ressaut et un guide local.

Maison créole Eureka à Moka. Demeure de planteur de 1830, avec ses 109 portes et fenêtres, son mobilier d'époque et son jardin descendant vers la rivière Moka et ses cascades. Restaurant créole sur place pour le déjeuner.

Quand y aller

Le plateau central a son propre climat, plus frais et plus humide que les côtes. De mai à octobre, saison sèche de Maurice, les températures à Curepipe oscillent entre 13 et 22 degrés, contre 20 à 28 sur la côte. Les soirées sont fraîches, un pull est nécessaire. C'est la meilleure période pour randonner : sentiers secs, visibilité dégagée depuis les sommets. De novembre à avril, saison chaude et humide, le plateau reçoit l'essentiel de sa pluviométrie annuelle, avec des averses fréquentes en fin d'après-midi et des températures autour de 18 à 25 degrés. Janvier et février concentrent le risque cyclonique.

Pour la visite des jardins et des sites historiques, toute l'année convient à condition d'accepter une averse possible. Pour les randonnées en altitude, nous recommandons juin à septembre, en partant tôt le matin avant la formation des nuages d'orographie qui couvrent souvent les sommets après 11 heures.

Conseils pratiques

Le centre se visite en 2 à 3 jours pour aller au-delà des passages éclair. Une journée pour Port-Louis et Pamplemousses, une journée pour Moka, Eureka et le Trou aux Cerfs, une journée pour une randonnée au Pouce ou au Corps de Garde. L'aéroport SSR au sud-est est à 45 minutes de Curepipe, le port de Port-Louis à 30 minutes par l'autoroute M1 qui traverse le plateau. C'est donc une région logistiquement centrale, qui se combine facilement avec n'importe quelle côte.

Nous conseillons d'y consacrer du temps en début de séjour pour comprendre le pays avant de basculer sur le balnéaire, ou en fin de séjour comme transition avant le vol retour. Combinaison naturelle avec la Côte Ouest pour le contraste plateau-lagon, avec le Sud sauvage via la route forestière de Plaine Champagne, ou avec le Nord et Grand Baie pour les voyageurs basés en bord de mer qui montent en excursion à la journée. Le confort est correct dans les guesthouses de Moka et Curepipe, mais le plateau n'a pas de resorts : les voyageurs qui cherchent le tout-inclus dormiront sur la côte. Région idéale pour les contemplatifs, les randonneurs, les amateurs d'histoire coloniale et les familles avec enfants curieux.

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